Néji Jalloul est limogé pour ses qualités et non pour ses défauts. Il est évincé non pour son mauvais bilan ou sa modique cote de popularité mais sacrifié sur l’autel de la raison d’Etat, au nom d’un bras de fer auquel le chef du gouvernement Youssef Chahed n’a pu résister, cédant sur toute la ligne et préférant offrir la tête de son ministre à la centrale syndicale pour une hypothétique paix sociale. Quel message livre-t-il Youssef Chahed ?! En tout cas, un aveu de faiblesse et un message de fuite en avant. Et la solidarité gouvernementale ? Et l’esprit d’équipe ? Et le sens de la loyauté ? Il s’en fiche, il n’en a cure. Si le chef d’équipe ne protège pas son groupe, aucun membre n’est à l’abri d’un retour de manivelle. Youssef Chahed a trahi, poignardant au dos son ministre pour une équivoque offensive de charme à l’égard de la place Mohamed Ali.
Après moult sorties médiatiques certifiant qu’il ne délogera pas Néji Jalloul et que la pression ne lui fera pas peur. Un gros mensonge !! Il a fait profil bas, courbé l’échine et chassé son ministre, qui plus est à la veille de la fête du travail. Le timing est loin d’être fortuit. Décapiter le ministre de l’éducation au moment de la fête de la centrale syndicale. La famille syndicale en jubile. Son récent Secrétaire Général a gagné la bataille et relevé le défi. Il a besoin d’une victoire pour marquer son périmètre et son début de mandat. C’est désormais chose faite. Il a désigné l’adversaire à abattre, en l’occurrence Néji Jalloul, qui malgré son engagement actif, son intégrité morale et sa résolution à faire bouger les lignes au sujet de la réforme du système éducatif national, n’était, en fait, qu’un fusible que Youssef Chahed a grillé pour de sombres mobiles. Quel serait alors le fin fond de l’affaire?! Le chef du gouvernement doit des explications plus précises et plus objectives à ce sujet.
Erreur politique ou coup tordu ? Dans les deux cas c’est fort lamentable. Et dans les deux cas, Youssef Chahed a failli sur le plan aussi bien politique que moral. Il a montré tout l’étendue de son manque de caractère, de force, de conviction et surtout de vision. Avec un chef dont les mains tremblent et qui se laisse déposséder de ses prérogatives, le gouvernement est forcément faible, vulnérable et voué à tous les revers. Et quid du prestige de l’Etat dont Youssef Chahed n’a de cesse de nous rabattre les oreilles ?! De quel autorité l’Etat est en mesure de se prévaloir quand son principal rouage, à savoir le gouvernement, est dépouillé de son pouvoir et de sa capacité de décision.
Tout compte fait, depuis plus de six ans, l’UGTT n’a cessé de jouer les gros bras dans l’arène politique et de se positionner en tant beaucoup plus acteur politique que partenaire social. Les velléités de l’UGTT de marcher sur les platebandes du gouvernement sinon de mettre à profit la faiblesse de ce dernier pour empiéter, voire lui confisquer ses attributions constitutionnelles ne sont plus à démontrer. Un Etat dans l’Etat. Un Etat otage d’un Etat. Par conséquent, ce n’est plus Youssef Chahed qui gouverne mais bel et bien l’UGTT qui tire les ficelles à l’antichambre du pouvoir. Prouvant encore une fois, si besoin est, que la centrale syndicale se complait aujourd’hui à se positionner comme pilier incontournable dans la gestion des affaires publiques, notamment depuis le Prix Nobel de la Paix.
Tout le gouvernement, son chef en premier, est incapable de faire face aux revendications, bassement politiques sinon politiciennes, sans aucune assise syndicale, d’une centrale dépassée par les évènements, qui s’efforce de rattraper ses structures , jouant en solo, sur fond d’obscur calendrier, sans pouvoir avoir la main haute sur leur mouvement. La centrale syndicale a cherché et obtenu la tête de Néji Jalloul non pour quelque intérêt national, et non pour la qualité de l’enseignement en Tunisie, mais uniquement pour un agenda interne. La question polémique des cours particuliers, que Néji Jalloul a inscrite au premier rang de son ordre de priorités, semble être le mobile inavoué de la cabale contre le ministre. Pour préserver ou rétablir les cours particuliers, cette arnaque suçant le sang des familles tunisiennes, il fallait faire tomber le ministre.
Sami Tahri, secrétaire général adjoint de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT), apportant de l’eau aux moulins de son fantasque condisciple, n’a-t-il pas braillé que Néji Jalloul a dixit “détruit l’enseignement public tunisien”. Le commun des mortels voudrait bien savoir comment ? Pour quel motif? Par quels moyens ? A quelle fin? Il n’est plus à se demander pourquoi la centrale syndicale a mené la fronde et mis tout son poids dans cette campagne de déstabilisation et de destitution. Maintenant que la cible est plombée et que le ministre a été dégagé, au mépris de tout bon sens, et au prix d’un exercice d’acrobatie et de grand écart indigne d’un chef de gouvernement, est-ce que la centrale syndicale compte-t-elle mettre un peu d’eau dans son vin et de garantir la paix social, ne serait-ce qu’un cessez-le-feu pour le bien de tout le pays.
Le limogeage acté de Néji Jalloul prend les allures d’un crime d’Etat. C’est le triomphe de la médiocrité sur la compétence. Un ministre n’est plus jugé sur son rendement à la tête de son département mais sur son niveau d’inféodation aux partenaires sociaux, en particulier l’UGTT, et de soumission à leurs diktats. Avec cette décision, n’importe quel ministre, quel qu’en soient le profil et le bilan, est sur un siège éjectable, otage de la structure syndicale opérant dans son Département. Aujourd’hui, dérivant de son rôle et de sa fonction, L’UGTT n’est plus dans sa vocation première de contre-pouvoir organisé mais dans sa quête effrénée de prendre le pouvoir et de faire main basse sur le centre de décision.
Est-ce que Néji Jalloul a failli à sa tâche ? A-t-il multiplié les bourdes ?! N’a-t-il pas remplit bien son fauteuil ? N’est-il pas fortement apprécié par les tunisiens, à en juger par les sondages d’opinion. Alors pourquoi le tacler par derrière et le faucher de son piédestal ministériel ?! Est-il jugé incompétent ou malhabile ?! Pourquoi détrôner un homme de projet, qui plus est qui a fait ses preuves, pour contenter un partenaire social, calculateur et manipulateur. Son programme de réforme de l’éducation est-il si absurde et si vide pour barrer la route au ministre et à son projet de réforme. En tout cas, Néji Jalloul n’en reste pas moins un ministre qui a “le grand défaut” et “le présomptueux tort ” d’être apprécié, à sa juste valeur et à juste titre, par la majorité des tunisiens.
Quant à Youssef Chahed, il continue, bien volontiers, de se tirer des balles dans le pied croyant trouer la peau de ses adversaires. Il n’y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.
Typiquement tunisien !
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